UTMB : stop au bashing

UTMB : stop au bashing

04 septembre 2026
Grégory Julien Baron

Trop gros, trop commercial, trop polluant : l’UTMB concentre les critiques. Mais faire du trail le coupable idéal de la pollution à Chamonix devient franchement caricatural. Il fallait bien trouver un coupable. Cette semaine, ce sera donc l’UTMB.

Trop gros, commercial. Trop de monde, de marques, d’argent, de voitures, de trailers. Et, évidemment, trop de pollution. Depuis quelques jours, le procès de l’UTMB semble presque devenu un sport parallèle. À croire que quelques milliers de coureurs réunis pendant moins d’une semaine à Chamonix seraient soudain responsables des problèmes environnementaux de toute la vallée de l’Arve.

Soyons sérieux.

Oui, l’UTMB est devenu une énorme machine. L’argent y occupe désormais une place considérable. Oui, les équipementiers transforment Chamonix en gigantesque salon du trail. Mais utiliser cela pour présenter l’UTMB comme une aberration environnementale relève davantage du bashing à la mode que d’une véritable analyse.

La pollution de la vallée n’a pas attendu l’UTMB

Commençons par une évidence. La vallée de l’Arve ne découvre pas la pollution la dernière semaine d’août. Toute l’année, elle concentre des déplacements routiers, du trafic international, des poids lourds, des activités économiques, du chauffage résidentiel et différents secteurs industriels.

Puis arrive l’UTMB.

Pendant quelques jours, la fréquentation augmente fortement. Les routes sont chargées. Les parkings également. Des participants viennent parfois de très loin. Certains prennent l’avion. Cela génère une empreinte carbone. Personne ne peut sérieusement prétendre le contraire. Mais présenter ces quelques jours comme un problème environnemental majeur sans les replacer dans les flux annuels de la vallée est pour le moins commode. Le trailer est facilement identifiable.

Il porte des chaussures colorées, un short, deux bâtons et parfois une montre à 800 euros. C’est beaucoup plus simple à photographier qu’un flux économique fonctionnant 365 jours par an.

Alors on tape dessus.

UTMB : stop au bashing
Photo : UTMB

Oui, l’UTMB fait de l’argent. Et alors ?

Autre crime manifestement impardonnable : l’UTMB est devenu commercial. Quelle découverte ! Des marques investissent. Des athlètes professionnels sont rémunérés. Les hôtels affichent complet. Les restaurants travaillent. Les magasins vendent. Les médias viennent du monde entier. Des entreprises profitent directement ou indirectement de l’événement.

Bienvenue dans le sport international en 2026.

On peut évidemment regretter l’époque où le trail ressemblait davantage à une bande de copains partant courir en montagne avec trois barres de céréales au fond du sac. Cette époque est largement terminée. Mais pourquoi demander au trail de rester éternellement artisanal ? Le Tour de France est-il une fête de village ? Les grands marathons internationaux sont-ils organisés bénévolement entre deux tables de ravitaillement ? Les Jeux olympiques fonctionnent-ils avec une caisse commune et quelques sandwichs préparés le matin ?

Non.

Le sport de haut niveau génère de l’argent parce qu’il attire du public, des partenaires et des médias. L’UTMB n’échappe plus à cette réalité.

Alors supprimons tous les grands événements sportifs

Poussons donc le raisonnement jusqu’au bout.

Un événement génère des déplacements ? Supprimons-le. Des spectateurs prennent leur voiture pour voir passer le Tour de France ? Terminons le Tour. Des dizaines de milliers de coureurs prennent l’avion pour participer aux grands marathons ? Terminons les marathons internationaux. Des supporters traversent l’Europe pour assister à un match de football ? Jouons à huis clos. Les Jeux olympiques nécessitent des infrastructures, des transports et des déplacements internationaux ? Supprimons également les Jeux.

Cela paraît absurde. Parce que ça l’est.

La vraie question n’est pas de savoir comment empêcher les gens de se déplacer pour pratiquer ou regarder du sport. La question est de savoir comment réduire progressivement l’impact de ces événements. Et là, évidemment, l’UTMB doit prendre sa part.

L’UTMB doit progresser, pas disparaître

Défendre l’UTMB contre les caricatures ne signifie pas lui signer un chèque en blanc. L’organisation doit travailler sur les transports collectifs. Elle doit limiter les déplacements inutiles. Elle doit poursuivre ses efforts sur les déchets. Les marques doivent également réfléchir à la débauche de matériel promotionnel et aux installations temporaires.

Enfin, les coureurs eux-mêmes doivent s’interroger sur leurs déplacements. Voilà un débat intéressant.

Mais expliquer, directement ou indirectement, que plusieurs milliers de personnes pratiquant leur sport pendant quelques jours constituent une menace majeure pour la vallée relève d’un raccourci intellectuel assez spectaculaire.

Le trail, nouveau coupable idéal

Car derrière l’UTMB apparaît finalement une question plus large. Sommes-nous en train de considérer toute manifestation sportive populaire comme suspecte dès qu’elle rencontre le succès ? Courir autour du Mont-Blanc n’est pas une activité essentielle à la survie de l’humanité. Certes. Mais aller au cinéma, au concert, au restaurant, au stade ou en vacances ne l’est pas davantage.

Une société ne se résume pas à ses activités strictement indispensables. Elle vit aussi grâce au sport, à la culture, aux rencontres et aux passions. Pendant une semaine, Chamonix devient le centre mondial du trail. Des amateurs côtoient les meilleurs athlètes de la planète. Les bénévoles participent à l’aventure. Des inconnus s’encouragent au milieu de la nuit. Et des hommes et des femmes repoussent leurs limites sur 50, 100 ou 170 kilomètres.

Oui, tout cela est devenu commercial. Oui, tout cela doit continuer à évoluer.

Mais cela reste du sport.

Critiquer, oui. Caricaturer, non.

L’écologie mérite mieux que des coupables faciles. Et le journalisme aussi.

Questionner l’empreinte environnementale de l’UTMB est parfaitement légitime. En faire le symbole de la pollution d’une vallée confrontée toute l’année à des problématiques bien plus vastes l’est beaucoup moins. Alors demandons des chiffres. Comparons les sources d’émissions. Observons les déplacements sur une année entière. Mesurons réellement l’impact de la semaine UTMB.

Et ensuite, débattons.

Mais cessons de transformer quelques milliers de trailers en ennemis de la montagne simplement parce qu’ils sont visibles pendant cinq jours.

L’UTMB est devenu une énorme machine commerciale. On peut le regretter ou s’en réjouir. Mais faire croire que le problème environnemental de la vallée de l’Arve porte un dossard et court avec deux bâtons, franchement, il fallait oser.


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